L’Association Action Médias et Développement, en collaboration avec Colibri Multi Services (COMUS), avec l’appui technique et financier du Pulitzer Center, a organisé ce jeudi 26 février 2026, au stade de 20 000 places, un dialogue dénommé « Action Climat » autour du thème : « Gouvernance des ressources naturelles : le rôle des médias et de la jeunesse ».
L’objectif de cette rencontre était de mettre en lumière la place des médias et de la jeunesse dans la gouvernance des ressources naturelles en République centrafricaine.
Selon les organisateurs, à Bangui, les discours officiels évoquent la relance et la valorisation durable des ressources naturelles. Pourtant, dans les zones forestières, la réalité demeure préoccupante. Des soupçons persistants d’exploitation illégale par certaines sociétés étrangères alimentent les inquiétudes.
Au-delà des pertes économiques, c’est l’équilibre écologique, juridique et institutionnel du pays qui se trouve fragilisé.
La forêt protège aussi notre eau
Trois experts issus de domaines différents ont livré leurs analyses. Pour Anicet Kyansem, géologue et spécialiste centrafricain des ressources en eau, la question dépasse largement la simple coupe de bois.
« La forêt joue un rôle fondamental dans la régulation des nappes phréatiques et la protection des bassins versants. Une exploitation anarchique perturbe les cycles hydrologiques. À long terme, cela peut affecter la disponibilité et la qualité de l’eau, y compris pour Bangui », a-t-il expliqué.
D’après lui, la disparition accélérée du couvert forestier favorise l’érosion des sols, l’envasement des cours d’eau et la réduction de la capacité naturelle de filtration. Dans un pays déjà confronté à des défis d’accès à l’eau potable, affaiblir les écosystèmes forestiers revient à compromettre une ressource stratégique vitale.
L’illégalité fragilise l’État lui-même
De son côté, Maître Fabrice Modomte, juriste en investissement minier au Barreau de Centrafrique et panéliste, a souligné que « l’état de la gouvernance des ressources naturelles en République centrafricaine est encore embryonnaire et cherche à se structurer ».
Il a rappelé les efforts entrepris en matière de législation : « Sur le plan institutionnel, nous avons des services disponibles pour accompagner les opérateurs et les investisseurs. Sur le plan législatif, nous disposons de textes tels que le Code minier, le Code des investissements, ainsi que des arrêtés et règlements qui encadrent ces activités en République centrafricaine. »
Poursuivant son intervention, il a précisé : « L’exploitation forestière obéit à des règles strictes. Lorsqu’une société étrangère opère en violation des lois nationales ou des clauses contractuelles, il ne s’agit pas seulement d’un manquement administratif, mais d’une atteinte à la souveraineté de l’État. »
Selon Maître Modomte, l’absence de sanctions claires crée un précédent dangereux. « Si l’impunité s’installe dans le secteur forestier, elle peut contaminer l’ensemble des secteurs extractifs », a-t-il conclu.
Le silence nourrit la défiance
Rosmon Zokoué, expert en communication stratégique basé à Bangui, a également partagé son analyse. Il a souligné que la gestion des ressources naturelles est aussi une bataille d’image et de confiance.
« Lorsque la population perçoit que des sociétés étrangères exploitent illégalement les ressources sans réaction visible des autorités, cela crée un sentiment d’injustice et de frustration », a-t-il déclaré.
Selon lui, le déficit de communication institutionnelle peut aggraver les tensions sociales. « La transparence n’est pas une faiblesse, c’est un outil de stabilité. Publier les contrats, expliquer les mécanismes de contrôle et communiquer sur les sanctions renforce la confiance citoyenne », a-t-il ajouté.
Médias et jeunesse : des acteurs décisifs
Dans ce contexte, les médias centrafricains ont un rôle stratégique à jouer : enquêter, recouper les informations, donner la parole aux communautés affectées, analyser les contrats et exiger la transparence. Un journalisme engagé et professionnel peut briser l’omerta et faire émerger un débat public constructif.
Quant à la jeunesse, majoritaire en République centrafricaine, elle ne peut rester spectatrice. À travers les réseaux sociaux, les organisations de la société civile et les initiatives écologiques, les jeunes peuvent devenir des sentinelles de la gouvernance environnementale. Car ce sont eux qui vivront demain avec les conséquences des décisions prises aujourd’hui.
Ce dialogue ouvre ainsi la voie à une réflexion plus large sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle, d’améliorer la coordination entre les institutions et de garantir l’application effective des textes existants.
Dans un pays où les ressources naturelles représentent un potentiel économique majeur, leur gestion responsable apparaît désormais comme un enjeu stratégique de souveraineté, de stabilité sociale et de développement durable.
Freddy Ulrich Tanga/AMD
